Doigts d’or

Ce matin là, Samuel s’était levé avec encore une nouvelle idée. Fou qu’il était, il avait toujours une idée et il ne la laissait jamais s’échapper. Et chaque fois qu’il en avait une, il souriait et jurait dans une langue que seul lui même comprenait. Il était déjà au 3ème cycle et il avait bien cours ce matin là. Mais justement, il savait griller les cours pour… écrire.

Il ne prit même pas la peine de prendre son p’tit déj, que déjà il était assis à la véranda, avec son bloc-notes, son crayon et sa machine. Bien sûr qu’il allait encore avoir une vive discussion avec son daron mais, il s’en foutait bien comme d’une rame. Il savait aussi que sa mère se faisait trop de soucis pour lui, mais Sam était un brillant garçon et savait très bien ce qu’il voulait. Et d’ailleurs, il avait le soutien de sa charmante mère.

Bien qu’il soit incompris et qu’on trouve souvent insensé de laisser ses cours pour ”juste écrire des histoires enfantines”-c’était ce que disait son père, Sam ne se découragea jamais. Et c’est bien pour cela qu’il resta là, la tête courbée, le dos rond, à tracer ses idées sur la page blanche grâce aux lettres si bien agencées de l’alphabet français. Il faut dire que pour un homme des lettres, il se surpassait.

Bien souvent, on le traitait de fou, même si c’est dit aussi gentiment que possible. Car Sam se parlait souvent tout seul, comme s’il eût été double. C’est donc avec raison que Rick, son jeune frère, s’asseyait souvent et l’observait, hébété, comme s’il était un extraterrestre. Décidément, Sam étonnait tout le monde. Toujours entrain d’écrire. Toujours entrain de sourire. Toujours occupé à se parler.

Mais une autre chose attirait l’attention de tout le monde : il écrivait toujours de merveilleuses choses, des choses vraies et très touchantes. Oh c’était d’ailleurs la seule vraie chose que tous adoraient chez lui, y compris son père.

C’est en ces moments-là qu’il se vante de son fils, son fils si intelligent et mature. Ah les pères !!! Sam était un être à part. Rick l’avait même surnommé D.D; ce qui signifiait, disait-il, Doigts d’or. Rick aimait son frère et l’admirait beaucoup. Il ne comprenait pas comment son frère était si… différent. Mais une chose était sûre: Sam était son modèle et il le répétait à qui voulait l’entendre…

Sam vivait de la lecture et respirait de l’écriture. C’est vous dire combien il y était attaché. Quand on lui demandait pourquoi il était si accro à sa plume, il haussait les épaules et répondait simplement :‹‹Ma tête me souffle chaque jour que je dois écrire si je veux avoir la chance de vivre. J’écris, donc je vis.››.

Oh ça faisait toujours bizarre d’entendre ce jeune garçon de 18ans à peine, donner ses opinions aussi bizarres les unes que les autres. Sacré Sam, certains l’appelaient.

Lorsqu’il eût fini de noircir les pages de son bloc-notes, il prit son ordi, saisit son texte et le publia sur son blog où il était très suivi. C’était un poème. C’était écrit :

   ‹‹   *Doigts d’or
          A Rick…
Homme différent et étrange
Homme libre et sauvage.
Tel un bon berger,
Il conduit ceux qui l’entendent
Dans un monde merveilleux
Dont le secret n’est détenu
Que par ses mots.
Il est un scribe.
Il transcrit fidèlement
Ce que lui dicte la voix des dieux.
Les dieux ont vu en lui un potentiel
Un talent rare et flamboyant
C’est un écrivain, c’est un poète.
Il a des yeux si noirs de mélancolie
Et de merveilleux doigts d’or.

        Samuel D.››


        Aaah Sam! C’était un poète. En fait, il était un poème…


         Loïce Cloboé, Liberscribes

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