J’ai surpris ma chaise faire une mine l’autre jour parce que je la balançais dans tous les sens. Elle avait mal mais je m’en fichais, elle était un objet.

J’ai entendu les assiettes se moquer de mon frère l’autre soir dans son appart, cela faisait des jours qu’il n’avait pas pensé à leur offrir une douche après s’être servi d’elles pour ses repas.

J’ai vu tellement de chaussures pleurer en Afrique parce que les gens n’ont pas appris à leur accorder la retraite qu’elles méritent même quand elles sont toutes usées. Il y en a qui ont excessivement soif, ma foi.

Quand je pense que les habits de certains demande le droit à l’asile loin de leurs propriétaires parce que rarement on leur permet de nager ou de prendre une douche méritée.

Son matelas hurle de douleur. Il en a marre de voir toutes ces fesses et de subir l’odeur de tous ces mélanges de flux durant les secousses en son sein.

J’ai entendu des calcifs crier au secours parce que troués par des pets lourds et les affres du temps. Et pourtant les propriétaires restent insensibles à ces cris de détresse. Est-ce que c’est normal?

Il y a une serviette en agonie qui n’a pas fait de plongée depuis six mois alors qu’elle n’a pas arrêté de travailler, de nettoyer le corps de son maître, cet être à la peau d’écailles qui ne ressent plus rien. Que ça gratte ou pas.

J’ai entendu des motos et voitures crier à l’aide et réclamer leur droit à la retraite après tant d’années de loyaux services. La rouille a réussi à les atteindre mais puisque leurs moteurs commettent l’erreur de toujours fonctionner, elles ne peuvent avoir la paix.

Si on laissait les objets s’exprimer, on comprendrait mieux le sentiment des créateurs à la base…Mais on ne veut rien entendre. Ils n’ont pas leur mot à dire d’un point de vue humain… Comme c’est triste…

Paterne Freeman Shadowriter, Liberscribes