[Octobre 1987… ]
On dit que l’histoire est la plus importante des choses, l’histoire est notre identité, c’est notre vie. Malheureusement, l’histoire nous cache certaines choses, elle ne nous dit pas tout… Du temps où le racisme battait encore son plein en terre américaine, précisement après la première grande guerre, une élection des plus importantes pour les religieux, se solda en faveur d'un homme de couleur. Assez surprenant qu'il soit même parvenu à poser sa candidature, il avait été élu par qui on ne sait, ni comment. Jamais on n'avait entendu qu'un ''négro'' fut pape...

Il s’appelait Abbeyi. On ne le connaissait pas. Mais il était impossible de lui interdire d’accomplir ce pourquoi Le Seigneur lui-même l’avait élu. C’était humiliant pour les hommes blancs, mais ils ne pouvaient que se soumettre. Car oui, Dieu seul savait comment Abbeyi était parvenu à ce stade, même si les rumeurs disaient que c’était grâce aux fétiches de sa terre natale. Cependant c’était arrivé et on n’y pouvait rien.


Et pourtant, Monseigneur Abbeyi était un homme assez bon et pacifique, calme et souvent souriant. En plus de sa bonté, il était plutôt bel homme : un teint ébène qui épousait parfaitement sa peau luisante, une belle carrure et de parfaites dents blanches. Abbeyi n’était pas n’importe quel homme. Il était magnifique, il faut l’avouer.


Ce ne fût donc pas si étonnant quand on entendit quelques mois après qu’il avait ”dépucelé” des sœurs. On entendit également qu’il n’était qu’un fieffé violeur… Ce fût un tel scandale que l’affaire échoua devant les tribunaux. Ceux qui croyaient en son innocence étaient automatiquement tués. On ne devrait pas l’aider. Abbeyi devrait mourir. Les témoignages des uns et des autres l’incriminaient.

Tout le condamnait: sa beauté, sa couleur de peau, sa race, sa bonté. Au tribunal, la partie était déjà perdue. Des prêtres, jurant de dire la vérité, avaient témoigné contre lui. Des sœurs blanches et même noires avaient avoué en pleurant que le Pape avait failli les violer au milieu de la nuit. On ne fit rien pour vérifier les dits.

Tout avait été déjà dit et monté. Abbeyi devrait se taire. Il était incriminé. Mais Monseigneur Abbeyi était un homme fort. Il ne dit rien pour sa défense quoiqu’il n’eût pas d’avocat. Les seuls mots qu’on entendit de sa bouche avant qu’il ne soit transféré en prison, furent: ‹‹Mon Dieu, pardonne les, car je leur ai pardonné››.

Ces mots avaient soulevé un tel tumulte dans la salle. On entendait “A bas le pape” d’un côté et “Justice” de l’autre. C’était la désolation chez la minorité mais une si grande joie chez la majorité. Il faut rappeler que des hommes blancs ont été contre cette injustice, même s’ils furent battus. Ils étaient contre le racisme qui sévissaient jusque dans l’Eglise de Dieu qui proclamait l’amour de son prochain. Mais ils ne purent rien contre ce grand peuple fort qui voulait voir Père Abbeyi éliminé. L’affaire fut à la une pendant plusieurs mois, même si l’on chercha à l’étouffer.


Et pourtant ‹‹dans sa cellule, Abbeyi ne cessait de prier pour Sa nation, pour ses fidèles. Il prêchait dans les couloirs de la prison malgré tout. Il aidait les autres. Sa conduite consterna les gardiens de prison qui remirent en question les causes de sa condamnation››, rapporta son compagnon de cellule des années après. Car Monseigneur Abbeyi était mort au bout de trois années passées dans d’atroces souffrances.

On découvrit plus tard dans sa cellule une lettre qu’il avait écrite. Elle parvint au juge qui la lut et coula des larmes. On ne découvrit que son cadavre pendu le soir même. Mais il ne nous parvint pas ce que contenait cette mystérieuse lettre, mais nous sommes convaincus qu’elle était remplie d’amour.


L’histoire ne nous dit que ce qu’elle veut que nous sachions, car parfois les secrets ne sont pas tous bons à entendre. Certaines choses doivent restées cachées. Mais la beauté, la sagesse, la bonté et l’amour du Pape Noir Abbeyi nous instruisent chaque jour davantage. ”Toutes les guerres ne sont pas faites pour être menées ou gagnées”, nous enseigne l’évangile du Pape Noir.

Loïce Cloboé, Liberscribes

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