Jour 9 du 10è de l’an 21
Il est quatre heures treize. Le soleil n’a pas eu son mot à dire. Les éclairs et le tonnerre l’ont fait fuir. Il y a eu averse pendant une bonne trentaine de minutes. Le sol est boueux, la nature triste. La forêt qui siège sur mon crâne est en détresse. Elle a perdu quelques félins.

Ouais, ouais, je sais. J’ai une sale mine de merde et tout le monde s’en fout. Après tout personne n’aime la merde. J’ai lu cette phrase quelque part. Peut-être dans ma caboche. Ça m’arrive très souvent.
La tronche en avant au balcon, je fixe les passagers comme si chacun d’eux portait un message que j’essayais de déchiffrer.

Il faut dire que j’ai eu une semaine assez humaine et ça m’ennuie. Je repense à mon ex que j’ai perdue de vue. C’est vrai que dans moins de quatre-vingt-dix levés d’soleil ça fera un an qu’elle nous a obligés à tourner la page sans m’avoir demandé si j’avais fini de la lire. Terminus, on est descendus du train un peu trop tôt. Moi qui voyais la gare encore très loin. Il m’était même arrivé de penser qu’on ne descendrait plus jamais du train. Bêtise.


Je n’arrive pas à m’empêcher de me demander ce qui serait advenu de notre vie de couple si on était restés ensemble. A croire que pour une fois j’avais dépassé l’étape des deux ans de vie de couple avec une humaine. Je commençais à prendre mon aise, à me voir dans une zone de confort. L’erreur d’une vie ! Rien n’est acquis peu importe le temps. Surtout en amour. Ou en semblant. Ce qui ma foi est monnaie courante de nos jours.


J’avoue que là j’ai la boule un peu en couilles pour un monarque. C’est vrai quoi, c’est samedi et au lieu de vivre comme eux, de passer un peu de bon temps avant de reprendre le chemin du boulot, la couverture, d’ailleurs le seul chemin que je maitrise, je me retrouve piégé au cœur d’une triste réminiscence.


J’ai essayé tu sais, prétendre à la normalité humaine. J’ai fait de mon mieux à plusieurs reprises. Encore. Je commence à croire que ça ne sera jamais le bon moment. Que ça ne sera jamais la bonne personne. C’est triste de vivre au cœur du sad remembrance. Mais qu’est-ce que tu veux quand tu as une vie comme la mienne, au service des autres parce que c’est pour ça que tu es là. Quand tu ne peux prendre le risque de parler d’un certains nombres de choses.


Là je fais une trêve. Quelle partie embrasser ? Moi ou l’humain que j’échoue à être ? Encore et encore. L’éternel recommencement. Vie de poète, vie de scribe, vie de monarque venu d’ailleurs. Sans son accord. Obligé de prétendre être l’un des leurs. Dans une dimension partie en couilles depuis bien des lumières.


Tu vas me lire pas vrai ? Tu sauras que ce jour me fait repenser à la maison. Là-bas tout allait bien avant Terra. Piégé entre deux-vies, je surfe sur les vagues de ma plume en détresse pour garder la tête sur les épaules. A la quête d’un semblant de normalité. Encore combien de temps, ma foi ?


Elle a assez coulé là. On va lui laisser le temps de guérir. Demain on reprendra. Je te ferai savoir quand je pourrai la saigner à nouveau. Tu sais bien que c’est la seule façon de rentrer en contact avec toi. Il le faut bien. Pour un semblant de normalité. Encore et encore. L’éternel recommencement. Vie de scribe. Monarque venu d’ailleurs.

Paterne Freeman Shadowriter, Liberscribes

Photo Credit DaHomie