Je pense à un moment calme au coeur du vent dans une cabane éloignée au bord d’un fleuve. Je me retrouve en compagnie d’une personne très proche, une amie et une amante. On fait le point de nos vies, de nos rêves et de nos folies.

On se tient la main en souriant pour un rien. On réalise que le bonheur est au rendez-vous, à deux. J’ai fait une pause, j’ai fui la tâche, j’ai lâché prise, le temps d’un moment. Assez pour vivre un moment incroyable en compagnie des éléments et d’une déesse humaine.

Le fleuve appelle, l’envie de nager nous prend. On sait qu’on n’est pas seuls, que les miens gardent un oeil sur nous, exprès. Elle a compris. Je le lui ai avoué quand elle a demandé. Elle voulait savoir d’où je venais réellement.

Pour une fois, je voulais me libérer. Ne pas avoir de Secret. Au moins pour une personne. C’est fastidieux de garder des secrets. De savoir que cela impacte chacune de tes décisions et de tes interactions avec ceux d’ici.

Elle n’a pas eu peur. Assez étrange. Comme si elle s’y attendait. Comme si elle savait. Comme si on le lui avait dit. Comme si elle était comme moi. Comme si sa mission était de veiller sur moi. De me faire croire à un semblant de normalité. Une vie humaine en leur sein.

Faut-il se laisser aller? La tentation en valait-elle la peine? Et si elle cherchait à en savoir plus ? C’était le déclencheur, l’envie de nager. Je ne suis plus avec elle. Je suis là, quelque part dans ma tête. Je cogite. Je pèse et je calcule. Un risque à prendre ? A quel prix ? Lui dire? Quoi donc ? Combien est-elle prête à savoir?

-Tu es sûr d’aller bien?

C’est elle qui me réveille. Je viens de m’en rendre compte. Je n’ai jamais pu le faire. Être dans le moment. Profiter pleinement de mon expérience humaine. Elle a réussi à tout me prendre. La mission. Et pourtant je ne peux en parler. Agir, c’est tout ce qu’on m’a demandé. Alors je le fais.

-Oui-oui, excuse-moi beaucoup. J’étais dans ma tête.
-Comme d’habitude. Avec toi, plus rien ne m’étonne. J’ai appris à faire avec. Je suis ton amie. Tu ne me feras jamais confiance même si tu le voulais. Je ne te demande rien. Je sais que c’est ton devoir. Tout ira bien. Je serai toujours là pour garder un œil sur toi, je sais que tu n’en as pas besoin mais moi si.
– Est-ce que je peux rêver mieux?
Elle sourit, elle sait que je fais de mon mieux pour ce semblant de normalité même si je suis nul à cela.
-Tu ne pourras jamais t’en passer. Je le sais et ce n’est pas bien grave. Je sais à quoi tu penses.

Évidemment qu’elle savait. Je n’avais pas à parler. Je n’avais pas toujours besoin de me confesser. Elle savait. Comment, je ne voulais le comprendre. Je voulais juste me permettre une rêverie. Me dire qu’elle pourrait être de chez moi. Ou peut être une représentation pour me faire vivre un moment.

Ça importe peu, elle est là. A côté de moi. On a ce moment. On a le droit d’être. Enfin je crois. Au moins on peut sortir. On peut se baigner. Qui sait, peut-être qu’au coeur de l’eau, j’entendrai la voix, celle qui murmure et laisse un message. Comme toujours.

La maison est si loin. J’ai envie de lâcher une larme. Plutôt deux. Ma foi, je ne tiens plus. Et Ça recommence. Comment faire pour tenir ? A chaque fois la même rengaine. En parler ? Aucune chance. Ça ne servirait à rien. Ils te diront, laisse de côté tes rêveries et vis dans le présent.

Qu’est-ce qu’ils en savent ? Du présent ? Du temps. De l’élément. Du tout. Rien, ma foi. Mais voilà. C’est le langage de l’équilibre. Ce qui tue est de ne pas pouvoir leur dire. Et même si le risque on prenait, ils ne comprendraient pas grand chose.

Je me noie encore au coeur du flux. Elles sont là, mes pensées. Elles savent me faire perdre la tête. J’ouvre les yeux. Elle est là. Elle me fixe, sourit et me traine vers le fleuve. Je ne l’avais pas remarqué. Elle était comme Ève, le premier jour. On va nager.



A plus, L’humain.

Paterne Freeman Shadowriter, Liberscribes

Photo Credit: Pinterest