Comme il est de coutume dans plusieurs sociétés africaines, Kalifa avait été promise au fils du riche commerçant du village dès sa naissance. Son père avait reçu une belle dot de son beau-père. Il était heureux du marché conclu avec le commerçant. Son épouse s’y était opposée mais son avis ne compta pas.
C’est ainsi que Kalifa fut mariée à un homme de 39ans à seulement 12ans. Elle ne comprenait pas pourquoi elle laissait l’école et sa maison pour celle de cet homme plus du triple de son âge.
Elle cria et pleura mais cela ne changea rien. Sa mère lui avait expliqué son devoir d’épouse. Elle devait se plier aux moindres exigences de son mari. Elle lui avait fait comprendre qu’elle aurait à souffrir un peu sa nuit de noce. La petite Kalifa ne comprenait rien.

Cette nuit même, elle vit ses jambes tenues par deux vieilles tantes, pendant que son mari tout nu s’approchait d’elle. Mais comme si les dieux étaient contre ça, son mari s’écroula et mourut ainsi, mystérieusement. Kalifa fut taxée de sorcière et surnommée ‘’la veuve’’.

Le chef du village ayant appris la nouvelle la bannît du village. Comment est-ce que le sort pouvait-il s’acharner ainsi contre elle ? Kalifa se demandait bien ce qu’elle avait fait contre les dieux…
C’est en larmes et la peur au ventre qu’elle sortit du village, sous les injures des uns et sous les cris d’amertumes de sa mère. Kalifa marcha jusqu’à la gare routière où elle prit le train pour la ville avec le peu d’argent que lui avait glissé sa mère. Elle n’oubliera jamais les derniers mots de sa mère avant son départ.

-Kalifa, je crois en ta bonne étoile. Le devin m’a dit que tu es la libératrice. Tiens cette enveloppe et va à l’adresse indiquée. Mais n’oublie pas ton village. Reviens et sauve la nouvelle génération
-Mais maman je ne comprends pas. Pourquoi on me chasse du village ? Maman je ne veux pas te laisser. Mamaaaan !!!!!
Dans le train elle pense et repense. Elle se laisse aller et pleure…

Des années ont passé. Kalifa est devenue une très belle jeune fille. Avec l’aide de tante Mouna, celle qui l’a hébergée toutes ces années, Kalifa est une grande femme d’affaires.
Elle a créé une ONG qui milite pour la cause des femmes et des enfants. Elle est plus déterminée que jamais à sauver son village. Car elle traîne encore les séquelles du passé…
Dans le train pour son village, elle repense à ces douze dernières années loin de sa famille, de son village. La nuit de son arrivée en ville, elle s’était fait violer par trois gaillards. Elle se fit héberger par un homme qui avait promis l’accompagner jusqu’à l’adresse sur l’enveloppe.


Au début, tout allait bien. Mais lui aussi abusa d’elle après l’avoir droguée. Elle avait vraiment souffert pendant six mois pour se nourrir. Autant mieux oublier tout s’qu’elle avait dû faire pour survivre. Mais les dieux aidant, elle se rendit bien un jour à la fameuse adresse. Ce fut tante Mouna, la sœur à sa mère, qui lui ouvrit lorsqu’elle toqua. Tante Mouna avait été aussi bannie du village pour une raison que Kalifa ignore. Mais elle était vraiment reconnaissante à tante Mouna pour tout. Et voici qu’aujourd’hui, elle Kalifa, la veuve revenait après tant d’années.


Selon les propos de sa mère, elle est la libératrice de son village. Elle était déterminée à tout faire pour la femme et l’enfant. Elle, Kalifa avait ouvert les yeux et comprit beaucoup de choses.
Elle apprit entre autres que chaque enfant a le droit de vivre pleinement et d’aller à l’école ; chaque femme a le droit d’être, de jouir de la considération et du respect de la société. Elle était une personne complète.

Kalifa se sentait prête pour sa mission en descendant du train qui venait de s’arrêter. Elle prit un grand souffle et se dit : « comme tu m’as manqué, mon village. Maman, je suis revenue pour mon village. La veuve est de retour et prête à tout pour sauver la femme et l’enfant. Je suis de retour à la maison… »
Kalifa la veuve était de nouveau au village, mais cette fois ci, pour changer les choses…


Fin

Loïce Cloboé, Liberscribes

Photo Credit: DaHomie