« J’avais longtemps rejeté l’idée d’avoir un ami un jour. Je n’aimais même pas le simple fait d’avoir cette idée. J’avais vu ce que l’ami de ma mère lui avait fait. Si elle m’avait eu à 17 ans, c’était à cause de lui. J’avais vu des meilleurs amis devenir de pires ennemis. J’avais une mauvaise image de l’amitié. Et même à l’école, je ne parlais à personne.
Ma mère avait essayé de me faire voir les choses autrement, mais elle avait échoué. Elle avait abandonné quand elle comprit que je n’allais pas changer d’avis.
Puis un jour, elle le ramena à la maison. Il m’énervait. La maison était même trop étroite pour nous deux et maintenant il fallait le supporter lui aussi. Je jalousais l’attention que maman lui portait. Il était si chétif qu’on aurait dit un sidéen. Décidément je le haïssais. La nuit de sa venue, j’avais hurlé à sa vue :
-Maman c’est quoi ça ?
-Ça comme tu dis, est ton ami. Appelle-le Henry
-Je ne t’ai jamais demandé d’ami. Maman il ne peut pas rester ici. Il schlingue, il est vilain et et…
-Tu n’as qu’à te tuer si tu ne peux pas le supporter. Mais je t’interdis de lui faire du mal.
J’avais cru se dessiner un sourire sur son visage. J’avais envie de le tuer.
Oui à 13ans j’avais envie de tuer.
Je faisais tout pour le faire fuir mais il était têtu et s’accrochait. Une fois, je le privai de nourriture pendant trois jours alors que ma mère avait voyagé mais il ne daigna pas l’en informer. Un autre jour, je l’avais battu à mort parce-que je l’avais surpris dans mon lit. Bien-sûr maman n’était jamais à la maison pour voir mes traitements envers lui. Et pourtant on dirait qu’il comprenait ma haine. Il ne se plaignait même pas et jouait joyeusement dans la cour. Comment pouvait-il être heureux ?
C’est vous dire combien je le détestais.
Et pourtant il m’accompagnait partout et veillais sur moi. Il me sauva même un jour alors qu’un tyran de ma classe me volait mon goûter. Je ne lui avais même pas dit merci ce jour-là. Pour être honnête, je me foutais royalement de lui.
Mais tout changea un jour, un jour fatidique. J’étais en classe ce matin de Jeudi quand le proviseur me fit appeler dans son bureau :
-Bonjour M., fis-je en entrant
-Oui, assieds-toi. Je t’ai appelé parce-que j’ai appris une mauvaise nouvelle. Ta maman a eu un accident et elle est morte. Je suis désolé.
-Attendez, moi c’est Steve anh. Vous êtes sûr que c’est ma mère ?
-Je comprends ton choc mon garçon mais nous n’y pouvons rien. Prenez une semaine de congés pour son enterrement. Je suis vraiment désolé.

Je courus à la maison sans prendre la peine de répondre au proviseur. Je pleurais toutes les larmes de mon corps alors que j’approchais de la maison. Je venais de perdre mon seul parent. Comment allais-je vivre ? J’étais désormais seul avec celui que maman avait ramené.
Je l’accusais de la mort de maman.
Cette nuit-là, je ne pus bien dormi. Quand très tôt je me réveillai, je le vis à mes côtés, les yeux ouverts, comme veillant sur moi. Mais j’étais trop mal en point pour lui faire du mal. Je recommençai à pleurer mais très vite il s’était rapproché de moi me faisant posé ma tête contre lui. J’étais soulagé après ce geste. Et pour la première fois depuis sa venue, deux ans plus tôt, je l’appelai par son prénom :
-Merci Henry
-Waouh !!!!!
Je souris de son étonnement. Et depuis ce jour, les choses changèrent. Henry devint mon frère. Nous veillions l’un sur l’autre. Nous n’avions pas d’argent mais nous ne dormions jamais affamés. Henry nous trouvait toujours à manger. Je me demandais bien où. Mais il ne répondait jamais à cette question. Il se contentait juste de manger avec malice. Je souriais alors en lui donnant une tape amicale sur la tête.

J’avais depuis le décès de ma mère laissé les bancs, faute d’argent. Je n’avais pas de parent proche qui pouvait me secourir. Ni moi, ni Henry. Je faisais de petits jobs et épargnait ce que je gagnais. Henry me l’avait appris. Nous nous comprenions si bien.

Un jour, il me conduisit sur un tas d’ordures où il y avait assez de chaussures en mauvais état. Je compris son idée et nous nous mîmes ainsi à ramasser ces chaussures. Je m’achetai ensuite des outils et j’arrangeais ces chaussures que je revendais. Henry m’aida beaucoup dans mon entreprise. Tout doucement nous nous fîmes une place au soleil après 9ans de travail acharné. J’avais 24ans. J’agrandis la maison de maman et me prit une épouse. Elle me demanda de laisser Henry se débrouiller. Je divorçai d’elle six mois après notre mariage. Henry ne comprit rien à ça. Je ne pouvais le lui dire et jamais je ne l’aurais abandonné. Il était l’ami que je n’avais pas espéré. Je ne pouvais pas le laisser. D’ailleurs c’était le seul souvenir qu’il me restait de maman. Si on m’avait dit que j’aurai un ami que je chérirai ainsi un jour, j’aurai certainement ri.

Un soir alors que nous revenions de notre promenade habituelle, nous fûmes attaqués par des braqueurs. J’étais tétanisé car ils avaient des armes braqués sur nous. Mais courageusement, Henry avait bondi sur eux pour nous défendre. Je profitai pour appeler la police. Mais déjà je fuyais et appelais Henry. Nous courions quand j’entendis un coup de feu dans mon dos. Je m’attendais à m’écrouler mais rien ne se passa. C’est alors que je me retournai et vis Henry par terre, se vidant de son sang. Je n’eus même pas la force de le transporter à l’hosto. Il peinait à respirer et je pleurais. Il posa sa tête sur moi comme pour mourir dans mes bras. Je savais déjà ce qu’il voulait me dire. Je pouvais entendre dans ma tête sa voix grave me dire :
-Ne pleure pas Steve, nous serons toujours ensemble. Tu es mon ami pour toujours
-Tu es le seul ami et frère que j’ai. Ne me laisse pas Henry, fis-je en pleurant à chaudes larmes. Mais déjà, il avait rendu son dernier souffle…

Aujourd’hui est son enterrement. Il mérite bien que je lui fasse cet hommage. C’était mon ami. Il y a du monde. Les gens ne comprennent pas ce drôle d’enterrement. Convier un monde pour enterrer un animal, c’était bien dingue. A leurs yeux. Oui Henry était un chien, mais c’était mon ami. Aujourd’hui je lui dis au revoir. Je sais qu’il est à mes côtés. L’amitié n’est pas forcément humaine. Le commun des mortels ne le comprend pas. Mon ami était un chien, mais il était bien plus humain que la plupart des humains…
Henry m’a beaucoup appris et m’a donné plus d’amour que quiconque. Je t’aime Henry. A nous revoir mon cher ami… »


Steve, ton ami.

Fin
Loïce Cloboé , Liberscribes

Photo Credit: Queen C