C’est vrai que je ne l’ai pas souvent dit.
Non pas que je n’y pense pas constamment.
T’aimer n’est pas un jeu.
C’est de l’ordre de l’instinct et encore plus du mérite.
Je le crie sur les toits vernis d’espoir et de désespoir.
Combien mon amour pour toi est grand.
Pour être franc, tu n’es pas une mère.
Ce serait te sous-estimer.
Tu es la mère !
Celle dont rêve tout enfant né hier, aujourd’hui et demain.
M’élever n’était pas la tâche la plus facile de l’univers.
Pas avec mes caprices et mes erreurs d’adolescent.
Et pourtant tu t’en es sortie comme une reine.
Sans pour autant avoir ta couronne et ton royaume.
Choses que tu mérites avec la dignité à l’état pur.
Te souviens-tu de ces nuits blanches que tu passais à m’attendre ?
Assise, fatiguée mais tenace dans ton divan préféré ?
Pendant que j’errais seul et perdu, Abandonné par ma silhouette dans les rues de l’ancienne cité,
À la recherche de mes rêves enfouis
Dans le futur dont je n’étais pas encore maître ?
Notre père était souvent furieux
De me savoir occupé à trainer
Dans les profondeurs de la nuit.
Pendant que tout le monde
Avait les yeux lourds sous les draps
En tissu ou en laine.
Mais toi tu étais ma boussole,
Le repère sur lequel j’avais toujours pu compter.

Dehors,
Pendant que j’affrontais la nuit
Sans la moindre arme,
Un espoir me guidait,
Une idée me protégeait,
Bien sûr, celle que tu m’attendais,
Fatiguée mais tenace.
Je sais, je n’ai pas été facile à gérer,
Mais pour toi, tout était toujours facile.
Nous avons vécu tant d’histoires que tous les mots
De l’Académie ne pourraient suffire à raconter.

Paterne Freeman Shadowriter, Mille Vies Dans Une Caboche 2019

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